Cesira Pardini. La mémoire de Pier Vittorio Buffa. – Maison d’édition Nutrimenti

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Le courage de Cesira
1 avril 2022 dans Non classé
Le 28 juillet 2012, avec ma femme, je suis entré presque sur la pointe des pieds chez Cesira Pardini. Il fallait et on voulait juste écouter, il n’y avait pas de questions à poser, il fallait en fait avancer sur la pointe des pieds, se mettre dans un coin et écouter.

Cesira, avec sa fille Silvana en larmes à nos côtés, a revécu devant nous les moments les plus dramatiques de son existence, se levant de sa chaise, désignant l’homme masqué qui a tiré au visage de sa mère, répétant le geste qui l’a sauvée et la vie de deux sœurs : la chute contre la porte de la grange qui s’est ouverte, les éloignant des mitrailleuses. Et puis penché sur la mère morte, le petit bébé attaché à son sein et criblé de coups. Elle n’a pas pleuré, Cesira, en revivant ces moments. Elle n’a pas pleuré mais a exsudé la douleur et le désespoir, et à la fin elle a dit qu’elle, ces morts, en rêvait toutes les nuits et que presque tous les jours elle sortait et regardait là-haut, là où se trouvent Sant’Anna di Stazzema et le sanctuaire aux victimes du massacre du 12 août 1944 : plus de cinq cents victimes.

Celui de Cesira a été l’un des premiers témoignages que j’ai recueillis pour écrire « J’ai vu », qui raconte trente histoires de survivants des massacres nazis-fascistes de 1943-1945.

Lorsque, l’année suivante, nous avons présenté le livre, une actrice extraordinaire comme Pamela Villoresi a accepté d’en lire certains passages. Nous n’étions d’accord sur rien, je lui ai laissé le choix de quoi et comment lire. Et Pamela a commencé par réciter Cesira, avec un transport et une passion qui ont laissé tout le monde étonné. Ma femme et moi nous sommes regardés et, nous nous sommes dit plus tard, nous pensions la même chose : les émotions que Cesira nous avait transmises se répercutaient dans cette pièce impliquant tout le monde.

A partir de ce jour, Pamela a porté la voix de Cesira dans de nombreux théâtres, elle a répété plusieurs fois la phrase « Je ne pouvais pas voir les yeux de l’homme qui a tiré sur ma mère… il était italien… ». Pamela nous avait dit, dès le premier jour, que c’était, pour elle, l’histoire des histoires, celle qui résumait toute la douleur que l’Italie avait traversée ces années-là. Pour le courage dont Cesira a fait preuve en secourant ses sœurs, pour la dignité avec laquelle elle a porté sa douleur jusqu’au dernier jour, jusqu’au 31 mars 2022.

Je veux rappeler à tout le monde avec le sien conte joué par Pamela Villoresi et est devenu une pièce de théâtre civil.

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